couchées ! (pauvert 2000)

12coucheecouv

Obnubilée par l'avènement des talibans et leur façon de virer les femmes de la société, des femmes qui avaient des métiers, une vie culturelle, des activités sociales, il me fallait mettre en scène d'une façon ou d'une autre leur tragique destin, transposé à la civilisation occidentale. J'en ai trouvé le biais par ce pamphlet intitulé "couchées" dans lequel un ultra-réac est élu à la présidence. Curieusement, peu après la sortie du livre, le Pen s'est retrouvé au second tour des présidentielles.
Les nouvelles éditions Pauvert ayant rapidement fait faillite, le livre n'a pas eu sa chance.

LE FIGARO LITTÉRAIRE. Jérôme Béglé
:
O "Un immense éclat de rire rythme la lecture de ce Couchées, véritablement hilarant. Pierre-Henri Astorg de la Musardière - PHAM pour les intimes - est élu président de la République. Son programme est simple : renvoyer les femmes au foyer, limiter leurs droits civiques et rendre aux hommes tous les pouvoirs que le sexe faible a eu le mauvais goût de leur confisquer. Cette admirable profession de foi s'accompagne de mesures encore plus radicales, telles que l'interdiction de l'avortement, la retraite obligatoire à 45 ans pour les dames, et autres facilités dont elles rêvent en secret sans oser nous les demander.

Mais voilà : toutes ne sont pas d'accord, et profitent du trouble suscité par ces mesures pour organiser la résistance. Plus de secrétaires, ni de femmes de ménage, plus de bons petits plats le soir, ni de doux mots susurrés à l'oreille. Bref, l'horreur, et les ingrédients nécessaires à une bonne guerre civile... Inutile de préciser que les hommes en prennent pour leur grade dans ce roman. Mais c'est si joliment dit, et avec tant d'humour que l'on se surprend à rire de bon coeur de nos travers ridicules. Ce livre est tellement bon et fin qu'il mériterait d'être écrit par un homme !"

 

PARU.COM : Frédéric Grolleau : "Mais comment diantre a-t-on pu en arriver là ? Qu'est-ce donc qui explique qu'à un moment donné de leur histoire, les hommes aient pu commettre l'irréparable ? Malgré ce questionnement aussi lancinant que rétrospectif, le XXIe siècle a bel et bien rendu possible la lente et méthodique démolition par une poignée de phallocrates des droits et devoirs attachées aux femmes.

Tout a commencé le jour où un illuminé machiste de première, le sieur Pierre-Henri Astorg de la Musardière, alias PHAM, a été élu président du gouvernement français. Elles ont bien eu tort, ce jour-là, les femmes au nom desquelles s'exprime ici la narratrice de s'abstenir de voter, consacrant par leur mutisme le règne de celui qui allait les éradiquer de la vie citoyenne de l'Etat. Et de la mémoire de leurs propres conjoints....

Car le nouveau gouvernement, "une racaille réac politicienne avec zéro femme", à peine formé, décrète une série de mesures toutes plus restrictives les unes que les autres à l'encontre de la gente féminine. Les manifestations qui s'ensuivent ne parviendront pas à endiguer le "mâle" endémique, décidé à rendre aux hommes tous les pouvoirs. Ainsi les dernières réformes exigent-elles que toutes les femmes de plus de quarante ans (les PDQ) soient mises à la retraite, sommées de retourner dans ces Pénates qu'elles n'auraient jamais dû quitter. Dans la foulée, les entreprises n'accordent plus aux futures concernées que des emplois subalternes, à la limite de l'humiliation bureaucratique. Droit de cuissage sur les donzelles zélées et harcèlement sexuel deviennent monnaie courante. PHAM réactive la dérive d'un discours travail-famille-patrie dont le paternalisme abusif cache mal une volonté totalitaire indue. Il est temps pour les temps modernes de la virilité reconquise de rendre aux femmes le seul statut qui leur revient : celui d'être "d'irresponsables compagnes. Légères, futiles, souriantes".

Peu à peu l'idéologie infâme accouche de comportements outranciers qui attentent à la vie privée des jeunes filles et des femmes de la communauté, sans que leurs compagnons ou maris ne lèvent le petit doigt pour s'opposer à cette décadence chronique de la responsabilité. Les policiers censés assurer la protection de tous se confondent avec des miliciens sans âme assouvissant leur perversion, leur soif rentrée d'insultes, d'attouchement, de viols. Que reprochent-ils donc aux femmes ? D'être femmes précisément. Mais il est des parfums ontologiques entêtant, qu'un vent de rancoeur ne suffit pas à dissoudre.

La résistance féminine va donc s'organiser, qui atteindra son acmé avec la création d'un groupuscule de "castatrices" ne trouvant un exutoire que dans le meurtre des ces hommes envahissants qui les briment de leur droit à la différence, à la spécificité du sexe. D'autres, plus fatalistes ou déjà résignées face à l'inéluctable, sombrent dans la dépression et s'aménagent dans l'obésité, l'abandon de soi sous toutes "ses" formes ou la gestion du "home sweet home" une voie de salut - temporaire.

Avec un sens du détail, une justesse de ton et une rigueur d'analyse qui provoquera la pâmoison des sociologues et autres anthropologues (on préférerait dans le contexte rêver plutôt d'un corps plus neutre d'"humanologues"), Dominique Cozette dissèque ici le cadavre d'une société en pleine putréfaction relationnelle. D'une fiction gentillette qu'on aurait tort de réduire à ce seul "uppercut post-féministe hilarant" qu'elle prétend être, l'auteur extirpe par absurde et contraste les travers misérabilistes des hommes. Tout comme elle souligne dans le même élan les affres de la psychologie et des attentes féminines. Se construit dès lors progressivement le procès, non pas d'un individu qui rêve de "néantiser" les femmes en les transformant en ménagères et "vieilles peaux" avant l'heure, mais du fonctionnement des couples ou des codes sociaux régissant nos liens avec l'autre sexe. Aussi cru et violent que peuvent l'être la vie, la sexualité et la débilité ambiante, Couchées ! fouille les tréfonds des inconscients, tant singulier que collectif. Décortique de manière méthodique les moindres faits du quotidien pour les transmuer en révélateur grossissant de nos égoïsmes, nos appétits et suffisances les plus (a)variés.

Une mise en abyme dont nul ne peut sortir indemne, et qui n'épargne d'ailleurs, hommage que le vice rend à la vertu, ni les hypocrisies masculines ni les tergiversations féminines. Que ce soit les rapports ingrats qui séparent les mères de leur progéniture ou les maîtresses de leurs amants, que ce soit les jalousies des séductrices entre elles ou les éternelles luttes de pouvoir caractérisant les hommes, rien ne semble pouvoir réparer l'amour lorsqu'il a périclité une fois. Racheter la nostalgie quand elle remplace l'affection et ravage la mémoire des tendresses et caresse passées.

Le parcours de la narratrice, des années seventies mythiques-mystiques de libération sexuelle à la décrépitude des hospices new age offerts par PHAM et sa clique à claques, en passant par cette incompréhension continuée qu'est la normalité conjugale, est des plus édifiant qui soit. Des plus terrifiant également. Outre la part belle qui est faite aux phantasmes des uns et des autres, on retiendra surtout la drolatique dialectique des "pots d'étain" que s'amuse à délivrer la romancière dans la première moitié de l'ouvrage. Un pur moment d'humour noir et d'espièglerie qui met implacablement à plat la nullité du mensonge et la petitesse de l'adultère inavouée.

Couchées ! est un bijou désespérant de véracité où le fictif s'abolit pour notre plus grand effroi dans l'évidence. Un texte époustouflant de brutalité critique et débordant de vérités cyniques, c'est-à-dire réalistes, qui fait du mal là où ça fait mâle. A ne pas soumettre à ceux qui croient encore à la toute puissance économique et au sexe maîtrisé. A recommander d'urgence à ceux qui s'interrogent sur la part androgyne qui sommeille en eux."

Nathalie Cottin. QUESTION DE FEMMES : "Par un de ces dimanches qu'on préfèrerait n'avoir jamais à vivre, l'épouvantable Pierre-Henri Astorg de la Musardière (alias PHAM) est élu président de la République. Dès son arrivée au pouvoir, le politicien met un point d'honneur à adopter les réformes promises, à savoir un condensé de tous les fantasmes masculins les plus éculés : mise à la retraite d'office pour toutes les femmes de plus de quarante ans, suppression du droit à l'avortement et du remboursement des contraceptifs... L'avenir des Françaises ? Dans leur foyer, à satisfaire leurs chers petits maris. Ah, les maris!... Certes, au début, ils semblaient bien un peu gênés, mais, très vite, ils n'ont plus rien trouvé à redire. Alors, anéanties, les femmes s'organisent. La guerre s'engage. Manifestations, commandos de castratrices en tout genre, elles sont bien décidées à ne pas se laisser faire. Question d'honneur... En plein débat sur la parité, le roman de Dominique Cozette sonne comme le pamphlet rageur et énergique, souvent coquin, toujours très drôle et finement observé, de ce monde post-féministe qui persiste à croire (ou à faire croire) qu'hommes et femmes sont faits pour vivre ensemble."

VITAL : " Dominique Cozette nous rejoue la guerre des sexes. Un certain Pierre-Henri d'Astorg de la Musardière, dont les initiales ne forment pas par hasard l'acronyme PHAM, est élu président. PHAM, c'est le parfait mélange chromosomique entre le plus taliban des taliban et Jorg Haider. L'extrême droite machiste incarnée. Tandis que les hommes sont flattés dans le sens de la testostérone, les femmes se retrouvent au rancard. Il n'y a de survie provisoire que pour les jeunes et jolies pépées Barbie, les NPSP ("nouvelles pétasses simples potiches"), les autres pouvant aller se rhabiller... au foyer. Mal embouchée et outrancière, pétaradante et caustique, l'auteur a sorti ses bâtons de dynamite et ses souvenirs de Lysistrata."

LA MONTAGNE : "C'est pas un bouquin, ce bouquin, c'est un cri tenu pendant presque deux cents pages. Un cri d'horreur. De ceux qu'on pousse quand on s'amuse à se faire peur et que ça marche. Et qu'on se prend au jeu. Qu'on se met à croire que tout ce qu'on invent est vrai. Et plus c'est terrible, plus on en rajoute.(...)"

PRIMA : (...) A l'heure de la parité, ce pamphlet nous rappelle que rien n'est jamais acquis !"